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Rencontre avec David Deneufgermain, auteur de “L’Adieu au visage” 

Dans le cadre des rencontres "Des livres et vous", un vendredi sur deux à la BibliO'

Psychiatre et écrivain valenciennois, David Deneufgermain était l’invité du rendez-vous ‘Des livres et vous’, vendredi après-midi à la BibliO’, pour parler de son dernier ouvrage “L’Adieu au visage”, sélectionné pour le Prix Goncourt 2025. Accueilli par le maire, Xavier Jouanin, et les élues du conseil municipal Marie-Paule Brauchli et Christine Raczek, David Deneufgermain a expliqué à un auditoire attentif et ému la naissance de ce livre témoignage.  

Ce premier “roman du réel”, ainsi que le qualifie l’auteur lui-même, est né d’une série de notes prises par David Deneufgermain entre mars et mai 2020, au début de la crise sanitaire de la COVID, lors du premier confinement. Psychiatre libéral et hospitalier, également membre de l’équipe mobile Rimbaud, qui intervient auprès des SDF du Valenciennois, David Deneufgermain est immédiatement saisi par l’absurdité de la situation : alors que le monde entier est invité à rester chez lui, que faire de ces personnes dont la rue est la seule maison ?  

Tandis qu’il sillonne les rues de Valenciennes avec ses collègues de l’équipe mobile, à essayer de convaincre les sans domicile fixe d’aller se confiner en foyer, une autre réalité, terrible, s’impose à lui par le biais d’un mail de la direction de l’hôpital. Une note de service qui décrète l’état d’urgence, mobilise l’ensemble des personnels soignants et tente d’organiser la prise en charge des patients COVID. 

Cette note fait notamment état de l’arrêt de la toilette des défunts et des soins funéraires tels qu’on les pratique depuis l’aube de l’humanité. Ces rituels qui participent au processus de deuil et sont aussi nécessaires aux soignants qu’aux familles.  

L’hôpital devenu forteresse est interdit aux familles des patients. Les malades partent seuls ; les familles ne peuvent plus voir une dernière fois leur proche décédé. “Du jour au lendemain, on refuse aux familles endeuillées cet “adieu au visage”, un terme que j’ai découvert à cette occasion et que j’ai trouvé tellement beau”, souligne David Deneufgermain, expliquant ainsi le titre de prime abord énigmatique de ce récit.  

Au début, il y a bien des tentatives de contournement de cette directive mais un décret vient verrouiller le dispositif. Les soignants souffrent de ces décisions autant que les familles. Eux qui ont choisi de soigner, de guérir… sont confrontés du jour au lendemain à la nécessité de se débarrasser des corps sans autre forme d’accompagnement.  

C’est pour cela qu’est rapidement créée une unité mobile mortuaire, pour décharger les soignants de cette épreuve supplémentaire. David Deneufgermain s’y engage et, face aux images terribles qui s’imposent à lui chaque jour, commence à consigner dans des carnets, dans des notes sur son téléphone, ce qu’il constate ou ce qu’on lui raconte. “L’idée n’était pas, au départ, d’en faire un roman. Mais les quelques personnes à qui j’ai fait lire les premières notes m’ont dit qu’il y avait là le matériau pour un livre.”  

Cinq ans plus tard sort “L’Adieu visage” : un récit poignant dont le narrateur n’est pas David Deneufgermain seul, mais un peu de toutes ces personnes qui ont témoigné auprès de lui. De la même manière, ce “roman du réel” n’est ni un pamphlet ni un mode d’emploi de ce qu’il conviendrait de faire si une nouvelle crise sanitaire survenait – ce qui risque malheureusement d’arriver dans les années à venir.  

Davantage, la démonstration par l’exemple de la nécessité de penser collectif, de faire preuve d’humilité, d’humanité et de bienveillance face à ce genre d’épreuves.  

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